« Je serre les dents…»

Photo de Jon Tyson sur Unsplash

ATD Quart Monde, en coopération avec le Secours suisse d’hiver, a récemment mené une table ronde sur le sujet de la santé bucco-dentaire. Les personnes en situation de pauvreté sont souvent forcées à se passer de dentiste, au prix de lourdes conséquences à long terme. Il y a matière à agir et les possibilités de changement existent.

Annelise Oeschger, valorisation du projet PIS, et Secours suisse d’hiver

« Je serre les dents ! » Voilà ce que répond une dame âgée ayant vécu dans la pauvreté depuis son enfance quand on lui demande comment elle fait, avec des dents très abîmées. Elle a participé à une table ronde sur la santé bucco-dentaire en février 2026, un évènement organisé conjointement par ATD Quart Monde et le Secours d’hiver. «On fait tout pour éviter les factures, une visite chez le dentiste est donc le dernier recours», explique une autre participante. En Suisse, les caisses-maladie ne prennent en charge aucune prestation dentaire (pas même celle de l’hygiéniste). Une mauvaise santé dentaire peut donc être un indicateur de pauvreté, comme le souligne le rapport 2025 de l’Observatoire suisse pour la santé (Obsan)1.

Selon notre expérience, les personnes en situation de pauvreté n’ont souvent pas un accès suffisant aux soins dentaires à cause d’obstacles à la fois structurels et financiers ; le flou quant aux instances responsables freine encore la prise en charge. Ainsi les problèmes dentaires s’aggravent et avec le temps on ne peut y remédier que par des traitements très onéreux. « C’est vrai que ce droit à la santé, on ne le prend pas forcément parce qu’on ne sait pas exactement à quel soin on a droit », avait souligné une personne en mars 2025 à l’occasion d’une Université populaire Quart Monde. Lors de la table ronde, une participante explique que tous les cabinets de dentistes ne connaissent pas nécessairement les procédures de l’aide sociale concernant la garantie de prise en charge des coûts. Et la patientèle elle-même n’est pas toujours au courant.

Quand les soins dentaires deviennent un luxe

Le rapport de l’Obsan et les chiffres de 2025 de l’Office fédéral de la statistique mettent en évidence le lien entre le niveau de revenu et la renonciation aux prestations. Plus le revenu est faible, et plus les soins dentaires sont délaissés2, passant encore après les autres prestations médicales3. «À la soupe populaire, certaines personnes, même des jeunes, demandent des aliments faciles à mâcher, ils n’ont plus les dents», raconte une participante de la table ronde. Une situation qui montre à quel point les problèmes dentaires sont répandus et qui illustre la relation entre pauvreté et absence de traitement approprié. 

«Malheureusement, on oublie souvent que tout le monde n’a pas les mêmes chances d’avoir une bonne santé dentaire. Les conditions de vie pendant l’enfance jouent notamment un rôle important. Et il y a des périodes, par exemple quand on est en situation de logement précaire, où il est plus difficile de prendre soin de ses dents»,

fait remarquer une participante de la table ronde.

Pour éviter la renonciation aux prestations dentaires, différents protagonistes doivent s’activer. Il faut s’attaquer aussi bien aux obstacles financiers (conditions formelles pour la prise en charge des coûts, informations sur les prestations) qu’aux autres entraves (méconnaissance de la situation des personnes en situation de pauvreté, aspects socioculturels, honte, barrières linguistiques). Le Secours suisse d’hiver est déjà engagé : il contribue à réduire les obstacles financiers en proposant une prise en charge des factures dentaires avec tarif social à hauteur de max. 3’000 CHF, à condition que les conditions soient remplies et que la demande soit approuvée.

Traduction DE-FR : Morgane Lüthi

Cet article est disponible dans une version plus étoffée, en allemand uniquement.

Le Secours d’hiver soutient les personnes les plus vulnérables en Suisse depuis 1936. Il fournit des lits, des vêtements, des bons d’achat et des cartables et règle les factures urgentes (p. ex. frais médicaux), contribuant ainsi à atténuer de manière significative les effets de la pauvreté. Le Secours d’hiver se mobilise sur des thèmes centraux tels que Pauvreté et santé ou Pauvreté et logement.

Lors de la Conférence nationale du Secours d’hiver en mars 2024, ADT Quart Monde a présenté son rapport sur le projet Pauvreté-Identité-Société (PIS). Depuis, nos organisations œuvrent occasionnellement ensemble pour permettre aux personnes en situation de pauvreté de se faire entendre. Cet article est également le fruit de cette ambition commune.

Pour en apprendre plus :

————————

1 Rapport national sur la santé 2025, p.22  (https://www.obsan.admin.ch/fr

2 Ibidem, p. 61

3 Privations matérielles et sociales  | Office fédéral de la statistique – OFS