Juin 2019 – Information Quart Monde n°199

Juin 2019 – Information Quart Monde – N°199

Editorial

Comme un verre débordant d’huile qui glisse dans tes mains

Et tu n’as pas de prise !
Quand tu vis au jour le jour, sans projection pour l’avenir,
tu restes dans le provisoire.
Vivre dans le provisoire, avec des enfants, c’est dur,
tu as des comptes à rendre à la société, ce qui est normal,
mais tu as la pression du regard des autres :
pas le droit à l’erreur !
Tu as beau faire au mieux, tu es marqué, discrédité.


Nous sommes combien de femmes, d’hommes,
avec des corps usés à 50 ans,
et qui se retrouvent en fin de tout droit :
chômage, assurance-maladie,
et sans possibilité de trouver un nouveau travail !
On en prend conscience trop tard,
des conséquences d’une vie sans possibilité de formation.

Rappeler l’urgence, pour toute femme, d’avoir prise sur sa
vie, sur son corps, sur sa conscience, tel aura été notre
appel durant la journée de grève du 14 juin.

Que l’histoire des femmes résistant aux violences
qu’elles ont subies au nom de l’assistance – par l’internement
administratif ou par l’arrachement de leurs enfants
– soit source de connaissance pour les nouvelles générations,
source d’identité pour des jeunes qui cherchent
encore aujourd’hui comment avoir prise sur les décisions
et les ordonnances de mesures qui les concernent.
« Ils étaient plusieurs devant moi, ils ont parlé trop vite,
je n’ai pas tout compris », dira Markus, silencieux, à la
sortie de l’audience de justice concernant le devenir
de sa propre vie.

Aujourd’hui ces femmes, hommes et jeunes se relevant de
tant d’injustices sont là, debout et avec une parole,
prêts à contribuer à l’effort du pays pour comprendre et
analyser comment de telles violences ont pu être possibles
en réponse à la pauvreté que le pays voulait cacher,
prêts à tout faire pour que ça ne se répète plus.

Aujourd’hui, des professionnels comme des chercheurs
universitaires sont là aussi, prêts à s’engager pour que le
pays ne se prive plus du savoir d’expérience des personnes
ayant vécu de telles maltraitances et, qui trop nombreux,
les vivent aujourd’hui encore.

Elisabeth Gillard
Anne-Claire Brand
pour l’équipe nationale de coordination