Des vacances pour se retrouver

Dans le cadre d’un partenariat entre ATD Quart Monde et l’association valaisanne Vacances Familiales, chaque automne et plusieurs fois par an, des séjours à la Maison de Treyvaux permettent à des familles séparées par le placement, la pauvreté ou la maladie de vivre des vacances ensemble.

Magdalena Brand, animatrice, association Vacances familiales

« Pendant ces quelques jours, j’ai dormi à côté de mon fils pour la première fois depuis un an. » La voix de cette mère reflète la raison d’être des séjours : permettre à des familles séparées de reprendre leur souffle et de retisser les liens.

Mais que veut dire « partir en vacances » quand la vie est traversée de ruptures ?

Le premier jour, les mots sont posés ensemble sur une affiche : de quoi ai-je besoin pour vivre des vacances avec les autres et me sentir à l’aise dans le groupe ? Calme, repos, sommeil, jeux, rires, entraide, respect des différences, non-jugement, écoute de mon rythme, bienveillance face aux pleurs de mon enfant. L’association ne cherche pas à réparer des familles, mais à leur faire confiance. Tous – enfants, parents et équipe d’animation – nous apprenons petit à petit à nous situer dans une collectivité inhabituelle et temporaire.

Les journées sont rythmées par des animations et des sorties favorisant la détente, la découverte et le lien : ateliers photo, fresque commune, céramique ; promenades en forêt, trampoline, montée en télécabine…

Dans la Maison de Treyvaux s’installe une vie de groupe, faisant la part belle au jeu, à la création et à l’échange. Un espace est dédié à la réalisation d’albums photos. Parents et enfants y rassemblent les souvenirs de la semaine, qui favorisent l’épanouissement et les transformations futures. La dimension collective allège les charges mentales habituellement portées individuellement et renforce le sentiment de sécurité. « Moi, pour qui les autres représentent une angoisse, je me rends compte que la collectivité me fait du bien », partage un papa.

Lors de discussions entre eux, les parents peuvent ainsi partager leur vécu. Les mots exprimés illustrent alors ce que les vacances familiales représentent pour eux : reconnaissance, amitié, liberté, soutien, compréhension, solidarité, confiance. L’absence de jugement libère la parole : « Ici, je peux être normale, je suis libre de raconter aux autres parents ma situation sans me sentir jugée. »

Des mosaïques se créent, des masques d’automne prennent forme, les espoirs des enfants sont recueillis dans des « boîtes à rêves ». Des mamans réalisent un collage de leur leader intérieur. On trouve l’espace et le temps d’exprimer ses forces et ses rêves : « Transmission, amour pour mes enfants, apprentissage », disent les parents. « Aller dans l’espace, vivre avec maman, sortir du foyer, devenir institutrice, vivre en paix », sont les mots des enfants.

Derrière chaque activité se construit une autre œuvre : celle du lien. Une mère dit à son fils combien elle est fière de lui. Un père accepte l’aide d’un autre parent. Une maman prend son enfant dans ses bras et entonne une berceuse.

Le droit aux vacances demeure un grand oublié du droit social. Et pourtant, il touche à l’essentiel : le droit à la joie, au repos et à la relation. Ces séjours en-trouvent un autre espace possible : celui de la reconnaissance et de la confiance retrouvée.

« J’ai aimé voir l’équipe respecter mes enfants. Cela nous a apporté de la joie et plus de confiance dans nos retrouvailles. »

« Ce séjour m’a permis de me retrouver un peu moi-même, de faire des activités pour moi. Mes enfants ont pu découvrir, jouer avec d’autres, vivre des vacances que je n’aurais jamais pu leur offrir seule. »

Ces paroles disent la force des vacances familiales : tisser et retisser les liens. Elles posent en même temps une question fondamentale et permanente que chaque séjour vient rejouer : comment faire ensemble ?

Chaque année depuis 2010, Vacances Familiales, association à but non lucratif établie en Valais, propose des séjours familiaux dans des lieux proches de la nature, comme à la Maison de Treyvaux. Ils s’adressent à des familles séparées, lorsque des enfants sont placés en foyer ou en famille d’accueil, ou rencontrant des difficultés socioéducatives importantes. 

L’association s’est donné pour mission de favoriser l’exercice de la parentalité. Les vacances familiales y contribuent en donnant aux enfants et aux parents l’occasion de consolider leurs liens, « hors d’un dispositif d’évaluation et dans un cadre d’accueil inconditionnel ».

Plus d’infos : https://vacances-familiales-valais.ch