Au milieu des décombres, la résilience
Jeu d’équilibre dans un monde déséquilibré. © Marie Dacheva / ATD Quart Monde
À Sofia, un mahala, soit un quartier rom, vient d’être rasé, sur ordre des autorités, et ce, malgré un décret de la Cour européenne des droits de l’homme, interdisant cette destruction. Bien que les habitant·e·s y soient désormais sans toit et que tout soit détruit, la volonté de s’en sortir reste intacte…
Lou Borderie et Simeon Brand, volontaires permanent·e·s, ATD Quart Monde
« C’est vers 5 heures du matin que nous avons été réveillés. Les policiers sont venus en nombre et nous ont donné une heure pour emporter ce qui pouvait l’être. Puis les bulldozers ont rasé tout le mahala, chacune de nos maisons. » Voilà comment Vassia, 37 ans, habitant du mahala et père de 3 enfants, décrit la journée où son quartier a été entièrement détruit.
Ce mahala existe depuis longtemps, peut-être une centaine d’années. Il n’a jamais été reconnu légalement comme une zone d’habitation. Depuis 2019, les autorités municipales refusent d’allouer une adresse officielle aux familles vivant ici. Mais voilà, en Bulgarie, on ne délivre pas de carte d’identité aux personnes dépourvues d’adresse officielle. Et sans carte d’identité, il est vraiment très difficile d’y trouver du travail, d’accéder à un logement, de scolariser ses enfants, de se faire soigner.
Face à cette injustice, les gens disent d’eux-mêmes qu’ils ne sont pas des animaux mais des êtres humains, qu’ils sont des citoyens bulgares et européens, et qu’ils ont des droits.
Aujourd’hui, ils ont une seule certitude : il leur faudra se battre au quotidien pour ne pas sombrer davantage dans la pauvreté – comme cela a toujours été le cas, comme leurs parents avant eux.
La menace de la destruction planait sur le mahala depuis plusieurs années. Mais récemment elle a pris une tournure concrète. Les mises en garde étaient devenues plus claires et tout le monde a pris peur. Au point où les habitant·e·s du mahala gardaient leurs enfants près d’eux, cessant de les envoyer à l’école, au point où ils se sont adressés, avec succès, à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), obtenant l’interdiction de détruire le quartier sans garantie de relogement digne. Et pourtant, le 15 avril, presque tout ce qu’ils avaient a été rasé, détruit, sur ordre du maire.
La municipalité ne les relogera pas, tout comme elle n’a pas relogé les familles qui avaient été assignées à un centre d’hébergement temporaire après la destruction partielle du mahala en 2019. Elles y sont toujours, dans cet hébergement temporaire où les conditions de vie sont encore plus dégradantes qu’ici. Non, au soir du 15 avril, les autorités se sont contentées d’autoriser les familles à dormir sous tente au milieu des décombres de leurs maisons. Et depuis : rien… Les habitant·e·s le vivent comme une exclusion :
« On a l’impression, très fort, que tout cela est possible parce que nous faisons partie de la communauté rom. Et que nous sommes pauvres. »
Aujourd’hui, même si tous sont désemparés, ils luttent pour survivre – et continueront de lutter.
Et demain ?
Dans ces conditions extrêmement difficiles, les habitant·e·s du mahala font preuve d’une grande solidarité, trouvant des soutiens ici et là, parfois auprès de la communauté rom dans d’autres quartiers de Sofia. Les espoirs se tournent maintenant vers la CEDH, vu le non-respect par les autorités municipales de l’interdiction qu’elle avait prononcée, et vers des institutions comme la Banque de développement du Conseil de l’Europe.
Volontaires permanent·e·s d’ATD Quart Monde, Lou Borderie et Simeon Brand accompagnent au quotidien les habitant·e·s du mahala, notamment en y animant une Bibliothèque de rue depuis presque trois ans. On trouvera le récit de ces évènements, ainsi que les témoignages des habitant-e-s, sur notre site www.atd.ch.